L'attaque des cosaques à Villenon

Peloton d'OMM et de Flottille

Soldats de la Flottille et d'OMM © HistoArts

Journal de marche du sergent Tire-Bourre, chef de pièce du 1er canon de la 1ère Batterie de la 1ère Compagnie du 1er Bataillon du 3ème Régiment d’Artillerie de Marine.

Mission du 12 au 14 avril 2019.




Camp de VILLENON


Vendredi 12 avril 2019.


16H00. La guimbarde est chargée, les caissons ont reçu leurs 300 boulets & gargousses, 500 kg de poudre et 300 000 cartouches, il reste juste assez de place pour les hardes du canonnier Le Brutal.


17H00. Rendez-vous était donné au 9 rue du Boulet, la gentilhommière de la Canonnerie, Bourg de l’Affut, Vendée France. C'est-à-dire chez moi sis la cabane au fond du jardin avec un petit cœur découpé sur la porte d’entrée. V'la ti pas que j’commence à faire un peu de place au sol pour pouvoir loger la pièce de 4 que nous étions censés amener, quand j'entends comme une interjection : " Ben qu'est-ce tu fais ?! », « Ben ton canon sera mieux au sol que ji dis ... ! ». Et là, le drame, La Bérézina gelée, le Waterloo d’Alézia, pis que ça Lanester (cherchez pas vous auriez mal à la tête !). La phrase fatidique lorsque l’on a oublié quelque chose d’important : "OH ! PUTAIN LE CANON !". Sous mon regard stupéfait, je vois l’copain sauter en croupe sur un ch’val de trait, et malgré le bruit infernal des sabots sur le pavé, j'arrive à ouïr un : "Je te rejoins là-bas !" suivi d'un : "En m'attendant tu pourras monter ma tente ?". Sur ce, j’lui réponds aussitôt ces mots simples, clairs et concis : Mdj@ca*colère,pas-content*. Mais tout comme vous.... il a sans doute rien pipé mot.


19H00. Après une route tortueuse pour venir dans ce coin perdu du pays poitevin, une partie du détachement d’artillerie de marine, ses chevaux, avant-trains, caissons etc. (En fait je suis seul) arrive au camp fortifié de Villenon. J’va prendre mes ordres et consignes auprès du commandant. Mais alors que je commence à ouvrir la porte cochère de mon chariot couvert, j'entends le freinage d'urgence d'un avant-train d'artillerie dont les chevaux exsangues ont les fers rougis et l'arrière-train qui fait un click-click bizarre. Il s’agit de l'arrivée brutale du dit Brutal. Vérole que j’me dis, il a du r’dresser tous les virages et coucher tous les arbres de la route pour arriver si vite. Puis, accueil, moqueries et installation des différentes pièces, établissement du périmètre de sécurité et tout l’toutim.




Samedi 13 avril 2019.


6H00. Diane au tambour et réveil. Mais pour une fois quelque chose me retient dans ma couche. Il ne s’agit pas là, Mon Commandant, d’une protection hygiénique pour adulte mais bien de mon pucier et de ma couverture de selle. Dés que j’essaye de sortir un orteil de mon sac à viande, il retourne systématiquement et malgré moi, bien au chaud à son emplacement précédent. Bigre quelle est donc cette diablerie ? Ah oui j’comprends ! En effet, ça caille dur-dur dans ce bled en avril, pis qu’en Russie. Mais bon, on n’fait pas d’la noisette avec de l'eau froide, comme le dit un vieux dicton d'artilleurs ! Ma tente s'ouvre comme une porte de grange Crac, tellement elle est raide-gelée. Ma table est entièrement recouverte d'une couche blanche, en fait tout ça c’est d’la glace. Une fois dehors j’ouïs de nombreux ronflements sous les tentes.


8H00. J’ouvre la caisse dans laquelle se trouve tout le nécessaire pour prendre un copieux petit déjeuner, type ration K.


9H00. Prise des ordres et consignes auprès du commandant. Définition des objectifs de la matinée. Ça va pas être facile, les hommes sont tous congelés et déambulent sur le camp à la recherche d’eau chaude, car les feux sont presque éteints.


9H15. Rassemblement en colonne devant la nouvelle tente du caporal fourrier : distribution nominative des armes, puis nettoyage de celles-ci sous la grande tente de la cambuse.


10H15. Nouveau rassemblement pour un décrassage matinal, histoire de réchauffer les corps. École du soldat, exercices de pied ferme et formation au canonnage, dont l’instructeur n’est autre que moi-même, sergent au corps impérial d’artillerie de marine et de campagne (Pour plus d’informations, voir en-tête du document). Vérification par un artificier du corps, des poudres, étuis vides et cartouches pleines. Confection supplémentaire de 35 gargousses et cartouches, dont le nombre peut être est évalué à 290. Il reste de la poudre dans le caisson.


11H15. Alerte : Nos compagnons hussards nous informent qu’un parti de cosaques a été signalé dans les environs et qu’il faut rester sur nos gardes. Nous faisons un exercice de tir au canon, sorte de sommation, histoire de les intimider et les inviter à prendre le large. Faut ben dire qu’ces zanimaux là, on les connait depuis notre dernière campagne au Portugal l’an dernier. Souvenez-vous d’ce hourra de cosaques Taraboulbesques perdus sur la route d’Espagne qui se croyaient encore dans leur steppe, et qu’on a eu sur le dos durant des heures à les entendre jacter d’la goule, même enfournés, enterrés, pendus, découpés en lamelles, troués de balles, fendus à coups de hache, ces bougres là, ils causaient toujours. (Voir les journaux de marche Almeida 2018).


Cependant, comme nous avons dans nos rangs une nouvelle recrue venant tout droit de Barcelone, je décide de lui faire tirer son premier coup… de canon. Notre ibérique compagnon ignore encore les us et coutumes des canonniers de marine français. Cette innocente victime va découvrir ce qu’est un bizutage en bonne et due forme. Certains appellent ça la malédiction du doigt noir, du coton tige ou du refouloir. Après le tir, notre nouveau compagnon Daniel dit El Hacha fut baptisé comme le veut la tradition, c'est-à-dire le visage noirci à la poudre noire par tout le bataillon et achevé par les canonniers. Il lui en coûtera de se nettoyer la face au savon de Marseille et au gant de crin durant deux heures.


13H00. Repas. Nous sommes invités par les bon’ gens du village. Nous nous rendons à la grange en colonne, comme si nous allions à notre cambuse, sous la surveillance, bien entendu, des sous-officiers et officiers. Nous avons fort bien mangé et j’ai veillé personnellement à ce que vous, Mon Commandant, preniez bien vos médicaments et votre thé glacé.


14H30. Exercices de tirs au fusil. On fait chauffer un brin les bassinets et les canons. Toutefois je constate que la cantinière dite La Patience, (qui pour le coup l'avait perdue), admire, battant des cils, mon canon et tourne autour avec envie, cherchant sans doute à faire une comparaison avec les attributs de son époux. Je pense qu’elle aussi voulait tirer un coup… de canon, mais n’osait pas, par pudeur sans doute, le demander. Sur le fait, j’y propose de jouer avec mon boutefeu, en toute honnêteté pour sûr. Vingt Dieux ! V’la t’y pas qu’elle accepte aussi sec ! Ni une, ni deux, la bougresse tire son coup et là… la malédiction s’impose comme la Loi. Le bizutage et promptement effectué. Il paraitrait qu’elle se lave encore chaque jour le visage avec du vinaigre de pépins de raisins. La pauvre femme !


15H30. Un sous-officier des hussards se pointe et informe le commandant qu’il y a de l’agitation dans la campagne environnante. La phrase est belle mais je n’ fais que la répéter, n’étant pas assez instruit pour dire des choses pareilles. Bref ! La générale se fait entendre, le Trusquin tape fort sur son tambour. Rassemblement de la brigade de marine. Les matelots de flottille ouvrent la marche, suivis des ouvriers et en fin de colonne l’artillerie à cause des chevaux du train. Hum, hum ! Nous faisons mouvement avec la pièce de campagne en direction d’un champ face à de grosses haies touffues où serait cachée l’avant-garde ennemie. Not’ commandant en grand stratège, fait former une ligne de bataille avec notre pièce au centre. Il demande au peloton de hussards présent de faire une reconnaissance vers cette barrière végétale. Les cavaliers trottent sabres en main, quand d’un coup sortent plusieurs fantassins Russes, la charge est rapide et plusieurs têtes sautent, les autres Russiens encore entiers, filent se cacher alors que nos hussards reviennent au galop se placer derrière notre ligne.


Les armes sont chargées, le canon aussi. On tire une charge en plein dans l’feuillage où se trouvaient nos ennemis. On voit des tas de feuilles et de branches virevolter faisant un grand trou dans la haie. Ça bouge encore derrière ! Alors la ligne de marins s’ébranle et j’entends « Apprêtez, joue, feuuuu ! ». Les balles traversent le feuillage comme si c’était un coup d’vent. On déplace notre pièce à hauteur de nos marins et on renvoie une bordée en plein bois, comme on l’dirait à la mer.


Pour protéger la retraite de leurs troupes, v’la t’y pas qu’un parti de cosaques habillés de rouge avec des lances, sort brusquement par-dessus les haies les plus basses et fonce sur nous. « Formez le carré ! » qui dit l’chef. Sitôt dit, sitôt fait ! On d’vient une sorte d’hérisson dont la gueule à un calibre de 4. Avec sa canne, l’commandant fait signe aux 2ème hussards de charger à fond ces barbus, et voilà nos braves cavaliers qui vont droit sur cet essaim d’guêpes russes, qui s’en retournent le sabre dans les reins. Après le retour joyeux de nos hussards, nous tirons deux ou trois salves sur ce qu’il reste d’ennemis et nos marins chargent à la baïonnette finissant le travail. Nous voyons disparaitre au loin nos Russes fort surpris de cet accueil en terre poitevine.


Bilan :

Un hussard tombé au champ d’honneur pour l’Empereur (Bon, vous m’direz qu’ils sont là pour ça, mais heureusement le cheval est indemne lui ! Ouf !)

Une VICTOIRE écrasante pour l’artillerie de marine, quelque peu aidée par la troupe à pied et à cheval, mais vers la fin seulement. J’va entamer une démarche officielle pour qu’il soit inscrit sur notre drapeau « Villenon » sous ceux d’Austerlitz et de Wagram.


18h30. Fin des combats et retour au camp sous les vivats de la population locale qui ne dépassait pas la dizaine de personnes, mais fort bruyantes.


19H30. La clochette de la cambuse résonne, c’est l’heure de la popote. On s’aligne bien gentiment devant la porte de la grange, à l’intérieur, sur la droite, une grande table est installée avec toutes les gamelles fumantes dessus. J’va m’installer près du commandant histoire de veiller à ce qu’il prenne bien ses médocs et mon thé glacé médicamenteux. (On n’sait jamais, la prochaine promo pourrait être pour moi, que j’pense !).




Dimanche 14 avril 2019.


6H00. Réveil au tambour. Pas de gel ce matin, mais pas de trêve pour les ronfleurs. J’ravive mon feu pour mon café-noisette.


8H00. Petit déjeuner perso. Hmm ! Toujours aussi entouré de badeaux affamés qui en veulent à mes miettes ou à la chaleur de mon poêle.


9H00. Prise de consignes auprès du commandant.


9H15. Alignement devant la tente du fourrier, attribution individuelle des armes et du matériel de nettoyage. Corvée effectuée sous la grande tente du cambusier.


10H15. Le tambour Trusquin bat le rassemblement. Salut du commandant qui donne consigne aux sous-officiers de faire le décrassage matinal habituel sous la forme de l’école du soldat et de l’artilleur. Il demande un rapport sur le stock de cartouches et de poudre au dépôt. L’armurier de service est chargé de cet inventaire.


11H15. Exercices de tirs avec les deux canons Terre/Mer. Rien à signaler !


13H00. La clochette cambusienne résonne. Rassemblement sur un rang gamelle en main sous la surveillance des sous officiers et officiers.

Menu du jour : pâté, poulet rôti, légumes, fromages et fruits. Un régal ! J’fais en sorte de rester auprès du commandant, histoire de surveiller sa santé. Mais, il paraitrait que dans mon dos, en cachette, et en l’absence du matelot Sans-Quartier qui le surveille comme le lait sur le feu, il aurait, contre force de pièces d’or données aux serveuses, négocié une tranche de pain beurrée à la… mayonnaise maison. Un poison ! J’vous jure, il nous aura tout fait c’galonné. L’est ben capable de mourir du diabète avant d’me passer lieut’nant.


14H30. On prépare les armes en faisant chauffer les bassinets et on ravive le boutefeu des canons. Exercices de tirs au canon pour parfaire et achever la formation de l’appointé-quartier-maître-aide-canonnier Demi-Lune. Action qu’il réussi avec succès. Bien entendu la tradition s’applique aussi à ce nouveau canonnier breveté. Barbouillage au noir de fumée et nettoyage des portugaises (oreilles) à l’écouvillon dégoulinant. Beurk !


15H15. Un hussard de la compagnie d’élite dénommé l’Étrille, se pointe en toute vitesse, saute de son canasson, salut le commandant et lui dit qu’les Russiens sont de retour et en force c’te fois. Ces barbus de cosaques du Don veulent remettre le couvert, histoire de venger leurs camarades tombés la veille. Donc rebelote pour nous aut’. Rassemblement et même disposition que la veille. Les gibernes sont garnies de cartouches et les caissons de gargousses. On file à pas redoublés dans la campagne profonde devancé par un peloton de hussards qui ouvre la route. D’autres sont plus loin à droite et à gauche afin de couvrir nos ailes. D’un coup une masse de barbus foncent sur nous en gueulant « Hourrââââ ! Hourrâââ ! ». Nous croisons la baïonnette, comme à l’exercice, ils passent comme le vent en tentant de nous piquer de leurs grandes lances, et là nous tirons dans le tas, chevaux et cavaliers font de belles culbutes et double saltos. Les « Hourrâââ » se sont transformés en « Aaahh » en broutant l’herbe du champ. Une colonne d’infanterie sort d’une haie, mais avant même qu’elle se mette en bataille, j’fais avec mon canon une distribution gratis d’mitraille, qui les couche comme les blés avec une faux. Ceux de derrière sont bloqués par leurs copains au sol, c’est à c’moment qu’nos marins les tirs comme des lapins alors que nos hussards font la causette avec les cosaques désordonnés, qui encombrés de leurs grandes lances, sont taillés en pièces par les bancals tranchants de nos cavaliers légers. Nouvelle retraite, disons fuite, car ils courent vite les gredins et filent vers l’est d’où ils venaient d’ailleurs.


Re-bilan :

Un hussard encore tombé pour l’Empire (Bizarre ! C’est le même que la vieille, et on le soupçonne d’avoir voulu éviter ce nouveau combat, ce qui est rare chez ces hommes là !)


Une nouvelle victoire écrasante pour le 3ème d’artillerie de marine, mais je doute qu’ils inscrivent deux fois le nom de « Villenon 2019 » sur notre drapeau. J’va quand même faire la requête.


16H30. Nos collègues hussards nous signalent que les russes filent à l’anglaise en direction de la Bérézina, sans doute un ruisseau du coin affluant de la Vienne. Le danger a disparu. Ordre est donné de démonter le camp. Les chariots du train sont là. Il faudra deux heures pour tout emporter. C’est l’commandant qui prend les rênes d’un chariot de transport pour se rendre au dépôt du 8ème à l’arsenal de Rochefort. Le détachement breton s’en va vers l’ouest, là où il pleut presque toujours. Les Charentais vont rejoindre leur dépôt respectif. Moi-même, j’attelle mes bêtes aux avant-trains en vérifiant bien que le canon du Brutal ne reste pas en rade, oublié de son propriétaire.



Inventaire Artillerie : Réalisé par le Service des Poudres & Salpêtres :

112 cartouches tirées mais beaucoup étaient hors d'usage (Enquête à faire pour sabotage à l’arsenal de Rochefort)

24 tirs de canons, aucun incident.

En stock 11 gargousses à déposer au dépôt Vendéen d’artillerie.



J’voudrai, Mon commandant, qu’vous transmettiez mes remerciements aux cantinières et cantiniers du bataillon et du site de Villenon.



Veuillez trouver ici, Mon Commandant, la fin du rapport en toute impartialité.


Fred dit "Tire Bourre"

Écriture : Tire-Bourre

Censure Impérial et modifications : Lumière Céleste

Cahier de marche de l’appointé caporal Sylvain dit « Mieux-Vaut-Tard »

1ère Escouade, 2ème Compagnie, 8ème Bataillon d’O.M.M.

Mission du 12 au 14 avril 2019.

Camp de VILLENON

A l’attention du Chef de Bataillon ingénieur constructeur A. Masquelez, commandant par intérim du Bataillon d’Espagne et du 44ème Equipage de Flottille.

Vendredi 12 avril 2019

15H30 : Départ du dépôt de Nantes. La circulation est particulièrement difficile et traverser la Loire relève de la chance et de la patience. Cela me rappelle la laborieuse traversée de la Bérézina… des heures aussi héroïques que sombres.


16H30 : Ça y est, j’ai enfin traversé et je suis en route vers le relais équestre de Villenon. La route est dégagée et mon charroi avance vite. Il me tarde de retrouver mes compagnons.


18H30 : Arrivée au bivouac. J’y retrouve le commandant, les sergents La Gabelle et La Franchise, le caporal La Plume ainsi que le commis aux écritures Le Glaude. Ils finalisent l’installation du camp. Il semblerait que l’adjudant La Douleur, le matelot Trois-Secondes, le quartier-maître cambusier La Garouille et la cantinière La Patience soient partis explorer les environs dans un troquet. Je me mets aussitôt à disposition de mon chef de corps et d’esprit. Je me retrouve ainsi embauché pour planter des piquets.


18H45 : A peine ai-je eu le temps de trouver un maillet que le conscrit Le Cadet fait son entrée. Apparemment il s’est trompé de relais équestre et il aurait atterri dans une écurie avec une palefrenière entreprenante. Il aurait alors fui. Enfin je crois. Je ne suis pas sûr de cette histoire mais je la mentionne quand même pour entacher son dossier et freiner ses ambitions. Le Cadet me rejoint et nous finissons de monter les dernières tentes.


19H00 : Arrivée du sergent Tire-Bourre. Il a à peine le temps de mettre pied à terre, que dans un boucan de tous les diables, arrive Le Brutal. Son sobriquet lui va décidément comme un gant. Le sergent fait des yeux ronds ce qui nous étonne. Apparemment, Le Brutal serait parti de son dépôt vendéen avec du retard car il aurait oublié son… canon. Étrange oubli de la part d’un artilleur. Ce qui est encore plus étonnant est qu’il a mis le même temps de route en faisant moult kilomètres supplémentaires. Le Cadet suspecte immédiatement le sergent de rouler comme une vieille grand-mère souffrant de la goutte. Mais je dis ça, je ne dis rien…


20H00 : Arrivée de l’ouvrier Cataluña et du matelot Demi-Lune. Notre ibérique compagnon est venu avec une recrue depuis le dépôt de Barcelone, Daniel qui gagnera le surnom d’El Hacha, en raison d’une passion pour le bûcheronnage. Suit ensuite le quartier-maître La Pérouse. Les derniers à se joindre à nous sont les caporaux Requiem et Le Trusquin ainsi que le canonnier La Bombarde.


21H00 : Dîner. On boit un coup histoire de se réchauffer et nous prenons des nouvelles des uns et des autres. Il est à noter que, telles des mouches attirées par le miel, nombre d’entre nous avons collé nos fesses près de la cantine du sergent Tire-Bourre. Sans doute étions nous attirés par le doux fumet de son omelette aux lardons et par le litron de rouge du sergent La Gabelle. Après avoir rempli nos ventres et rincé nos gosiers, nous allons nous coucher.




Samedi 13 avril 2019


7H00 : Réveil au doux son du tambour flambant neuf du caporal Trusquin. Aucun d’entre nous ne se lasse de sa douce mélopée matinale. La nuit a été fraîche mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’ont vécu les pontonniers du général Eblé. Après quelques frictions et génuflexions, je me retrouve en tenue. Enfin presque. Le cuir de mes godasses a presque gelé et c’est une galère à enfiler et à supporter. Je file donc, comme de nombreux compagnons, me réchauffer autour du seul feu situé à proximité de la cantine du sergent Tire-Bourre dont le café noisette légendaire est prêt.


9H00 : Après avoir ingurgité un petit déjeuner et autant de litres d’eau chaude, nous sommes incapables de nous réchauffer. Heureusement, le commandant, dont le génie tient du Génie, a immédiatement une idée pour nous réchauffer. Nous touchons auprès du caporal fourrier Requiem nos fusils qu’il nous faut nettoyer. Nous nous installons donc sous la grande tente.


10H15 : Les armes sont propres, il ne reste plus qu’à finir de nous dégeler. Pour cela, le caporal La Plume a sa méthode…


Les caporaux et les sergents

Vous font aligner sur deux rangs.

L'un dit « Recule ! » et l'autre dit « Avance ! »

Et toi pauvre soldat

Faut prendre patience.


11H15 : Nous participons à un exercice de tir au canon, auquel se joint la nouvelle recrue Daniel. Le pauvre, il ne sait rien de ce qu’il va lui arriver ! Dans la plus grande tradition de l’Artillerie de Marine, il se retrouve barbouiller et fier de commencer sa formation de canonnier. Nous sommes aussi très heureux de perpétuer cette tradition.


11H40 : Réquisitionnés par la cambuse pour aider à la préparation du banquet du soir, nous nous retrouvons donc dans une écurie à éplucher tout un tas de légumes. Dans la manœuvre, le caporal Trusquin s’entaille le doigt qui se met à saigner abondamment. Le Cadet s’évanouit immédiatement en salissant son pantalon. Mais notre caporal tambour est loin d’être un fragile, et il frotte sa plaie contre un peu d’oignon pour désinfecter et un tison pour cautériser.


13H00 : L’heure du rata ! C’est dans un concert d’estomacs que nous nous dirigeons énergiquement vers une grange où nous est servi le déjeuner. C’est d’ailleurs la première fois de la journée que nous faisons quelque chose énergiquement.


14H30 : Il nous faut à nouveau de l’exercice. Chargement en 12 temps et 18 mouvements. Une vraie symphonie. Avec le temps, nous agissons plus par automatisme qu’autre chose ce qui agace le commandant : « Vous anticipez trop ! » qu’il nous dit. Nous écoutons avant de nous rendormir. Après le pied ferme, nous rejoignons le 3ème RAMa pour les aider à manœuvrer leurs pièces. C’est qu’ils sont peu nombreux dans l’Artillerie de Marine. La faute aux trop faibles avantages de ce corps. Alors que chez les Ouvriers on y est bien !


15H00 : Pendant que nous manœuvrons, la cantinière La Patience tourne autour du Sergent Tire-Bourre en lui faisant de l’œil. La pauvre ! Elle ne sait pas que le sergent est un satyre (qualité nécessaire pour être artilleur et/ou général…). Ça ne manque pas ! Il lui propose aussitôt de tâter de son boutefeu. Mais La Patience n’a pas peur et lui range à l’honneur. Le coup part. Les traditions perverses de l'Artillerie de Marine sont honorées.


15H30 : C’est l’alerte ! Les hussards ont repéré un parti de cosaques. Nous nous mettons en colonne par deux et nous partons à la rencontre de l’ennemi. Le 44ème de Flottille devant, suivi des Ouvriers, puis du 3ème RAMa. Cataluña et El Hacha sont envoyés soutenir le faible effectif de ces derniers. Il nous faut peu de temps pour nous porter à la rencontre des Russiens. Ceux-ci se cachent derrière d’épaisses haies. Mais ce n’est pas un problème. En tacticien hors pair, notre commandant chéri d’amour fait former la ligne et placer le canon au centre. Les hussards effectuent une reconnaissance desdites haies. Cela en est presque drôle de voir ces gars là fureter le bocage (j’ai appris ce mot il n’y a pas longtemps). Soudainement, plusieurs fantassins russes sortent des fourrés et se font aussitôt décapiter par les cavaliers. Les Russiens comme les hussards fuient… Je veux dire opère un mouvement circulaire de prise de position arrière par rapport à l’avant.


16H00 : C’est à nous de rentrer dans la danse. Notre ligne est organisée en deux pelotons qui encadrent le canon. A gauche, celui du 44ème équipage de Flottille emmené par le quartier-maître La Pérouse et composé du matelot Demi-Lune, du conscrit Le Cadet et de moi-même. A droite, le peloton du 8ème BOMM mené par les sergents La Franchise et La Gabelle, des caporaux La Plume, Le Trusquin et du caporal fourrier Requiem. La pièce d’artillerie est dirigée par le sergent Tire-Bourre soutenu par les artilleurs Le Brutal et La Bombarde et les ouvrier Cataluña et El Hacha, le tout suivi de loin par la cantinière La Douceur qui fait toujours de l’œil au sergent. Cette magnifique brigade de marine est brillamment commandée par Notre commandant Lumière Céleste.


Nous sommes tous chargés, heu ! … je veux dire que nos armes sont chargées. Bref, nous recevons l’ordre de tirer une bordée dans le feuillage. Le canon tonne. La haie ennemie souffre. Le bois vole en éclats et les feuilles sont déchiquetées. S’il y avait des Russiens là-dedans, il ne doit pas en rester grand-chose. Erreur ! Nous entendons un flot de paroles taraboulbesques ! Un sentiment étrange s’empare de nos rangs. Serait-ce eux ? Pas le temps de penser. Nous devons nous avancer avant de tirer. Nos balles transpercent la haie. Le palabre ennemi reprend. Nous sommes rejoints par le canon qui claque aussitôt.


Pendant quelques secondes, il y a comme un flottement. Rien ne bouge, rien ne se passe. C’est comme si plus rien n’existait. Moment de paix éphémère. Des cosaques portant des tuniques rouges et armés de lances jaillissent des haies et nous chargent. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Le commandant nous donne aussitôt l’ordre de former le carré autour de la pièce. Nous nous exécutons immédiatement. Dans le même temps, notre commandant agite sa canne pour faire signe aux hussards de charger sur les cavaliers ennemis. Nous sommes des automates. L’entraînement et l’expérience sont les garants de notre survie. La peur est présente mais nous évitons de trop regarder vers elle. Les hussards reviennent victorieux et nous tirons encore quelques salves plus pour relâcher la pression que par l’exigence du combat.


18H30 : La victoire est à nous ! Nous avons à déplorer la mort d’un hussard (et encore déplorer…) tandis que de nombreux Russiens ne rentreront jamais chez eux. Il s’agit d’une victoire écrasante pour le 8ème BOMM qui non seulement a fait face à l’ennemi, l’a battu, a su manœuvrer avec légèreté mais encore à porter secours à nos compagnons de l’Artillerie de Marine. Nous retournons au camp le pied alerte, le cœur léger et le gosier sec. Nous restituons nos fusils au caporal fourrier Requiem et nos cartouches restantes au sergent Tire-Bourre.


19H00 : Nous buvons un coup ou deux ou plus même. Quelques provisions sortent des sacs à pain et nous rigolons tous ensemble.


19H30 : La cambuse sonne l’heure du dîner. Nous nous mettons en rang et rentrons dans la grange avec discipline et appétit. Les gens du coin se sont joints à nous et notamment quelques jeunes personnes aux sourires complices. Nous chantons, nous rions et nous buvons.


Heure inconnue : Nous sommes réunis autour du feu devant la tente du commandant. Des bouteilles de cuvées spéciales circulent et nous rions tous très fort. Le caporal fourrier Requiem fait de la varappe sur le sol pendant que le quartier-maître La Pérouse récite un texte où il est question de la longueur d’une extrémité mais qui ne peut être une menace pour la Jean-cômie. Je ne sais plus trop ce qui s’est passé ensuite. Il me semble avoir croisé le commandant imitant un oiseau avec sa cape noire tout en étant en slip…




Dimanche 14 avril 2019.


7H00 : Le réveil est un peu difficile. La nuit a été très froide. Le caporal Trusquin, avec qui je partage la tente, a disparu sous un tas de couvertures. Comme la veille, nous habiller est un supplice tant nos vêtements sont gelés. Le pire pour moi reste d’enfiler mes chaussures.


8h00 : Comme des abeilles attirées par le pollen, nous nous collons à notre sergent Tire-Bourre dont la chaleur humaine légendaire n’a d’égale que la chaleur de son feu et de son café noisette. Affectueusement, il nous appelle ses « pique-assiettes ».


9h00 : Le commandant, qui a mis son pantalon, convoque les sergents et les caporaux pour la réunion du matin. Pendant ce temps, nous touchons nos berlingots (fusils) et nous allons sous la grande tente les nettoyer. C’est aussi le moment pour certain de faire un peu de couture.


10H15 : Rassemblement devant la tente du chef. Au programme, école du soldat et de l’artilleur. Cataluña est chargé de l’instruction d’El Hacha. Avec le caporal Trusquin nous faisons de l’exercice d’escrime selon la méthode du lieutenant La Grenade. Nous brassons plus de l’air qu’autre chose. Il faut dire que la température est glaciale.


11H15 : Nous participons à un exercice de tir au canon. Tout se passe bien. Après cela, nous avons quartier libre. Nous en profitons pour grignoter les quelques provisions qui restent.


13H00 : Déjeuner sous la grange. Comme à notre habitude, nous nous mettons en colonne par un et allons chercher notre repas auprès de la cambuse.


14H30 : Le matelot Demi-Lune termine sa formation de canonnier. Il est immédiatement bizuté à fond pour toute la brigade de Marine ! Et avec ça… le sourire !


15H15 : La cérémonie est interrompue par un hussard. Les Russiens sont de retour, ils contre-attaquent pour avoir leur revanche. Nous ne sommes pas contrariants. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire cette phrase nous voilà en formation, les gibernes remplies de cartouches et en chemin pour une nouvelle moisson de gloire éternelle. Il suffira de dire : « J’étais à Villenon ! » pour que l’on s’exclame « voilà un brave ! ».


15H45 : Nous voilà dans le même champ qu’hier. Si la formation reste identique, la constitution des pelotons a changé. Le peloton de droite, mené par le sergent La Franchise, est composé des caporaux La Plume et Requiem ainsi que de l’ouvrier Cataluña. Le second dirigé par le quartier-maître La Pérouse, est formé du matelot Demi-Lune, du caporal Le Trusquin, du conscrit Le Cadet et de moi-même. A la pièce, conduite par le sergent Tire-Bourre, se retrouvent les canonniers Le Brutal et La Bombarde ainsi que le conscrit El Hacha.


La tactique est la même que la veille, tirs et manœuvres. Gonflés à bloc par notre succès d’hier, nous nous sentons invincibles. Pour les Russiens ce n’est pas la même chose. Ils se font cueillir à la sortie des haies par notre ligne de feu et (un peu) par la mitraille du canon. Ils tentent à nouveau une charge de cavalerie repoussée à nouveau par notre carré et (un peu) par la charge du 2ème hussard. Nous conservons le terrain et la victoire.


16H30 : Le bilan est très lourd chez les Russiens tandis que chez nous le même Hussard est à nouveau mort. Il aurait lui aussi ses entrées chez M. saint Pierre de tout là-haut. Il faut que je me renseigne auprès du commandant… Nous rentrons donc au bivouac où nous restituons nos cartouches au service des poudres et salpêtres. Puis nous nous réunissons devant le mât où flottent nos couleurs. Le commandant dit quelques mots, donne quelques ordres et nous abattons notre drapeau, heu ! Non, on va dire que nous tirons dessus. Donc nous descendons nos couleurs, m…. c’est la même chose. Ah ! Nous amenons le drapeau, c’est mieux ! L’heure est venue de démonter le camp. L’Empereur a encore besoin de nous ailleurs.


18H00 : Nous prenons congé. Je salue mes camarades et le commandant avant de prendre la route pour le dépôt de Nantes.



Veuillez trouver ici, Mon Commandant, la fin de mon rapport, d’une honnêteté à toute épreuve.

L’appointé caporal,

Mieux Vaut Tard


Écriture : Mieux Vaut Tard

Censure Impérial et modifications : Lumière Céleste

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