Autriche, juin 1809

. Le 1er juin 1809 :

Une autre correspondance fait état de la construction de péniches armées pour maîtriser parfaitement les rives du fleuve. Parmi les réalisations de ces charpentiers et calfats, on relève la construction de barques bastinguées, de pontons, de péniches et de radeaux destinés au transport des troupes. L’Empereur rédige plusieurs documents dont la nomination des premiers et seconds Porte-Aigle du 9ème de ligne, le caporal de Grenadiers Verdun et le caporal de Voltigeur Gressier tous deux du 1er bataillon.

. Le 1er juin : Ebersdorf : Quatorzième bulletin de l’Armée d’Allemagne.

« Le 44ème bataillon de la flottille de Boulogne, commandé par le capitaine de vaisseau Baste, est arrivé. Un grand nombre de bateaux en croisière battent les îles, couvrent le pont et rendent beaucoup de services. Le bataillon des Ouvriers de la marine travaille à la construction des péniches armées, qui serviront à maîtriser parfaitement le fleuve. »

. Le 1er juin 1809 : PRESBOURG.

Pendant que l’armée d’Italie poursuit l’archiduc Jean, le maréchal DAVOUT attaque Presbourg, place située sur la rive gauche du Danube, et défendue sur la rive droite par de solides retranchements sur l’île d’Engereau, flanquée elle-même de deux autres petites îles en partie fortifiées. La garnison compte 4 régiments d’infanterie autrichienne sous les ordres du général BIANCHI, soutenu par une bonne artillerie.

. Le 3 juin 1809 : Prise du pont de Presbourg :

DAVOUT ordonne au général GUDIN de reprendre l’attaque contre Engereau, et pénètre dans le village avec les Hessois du comte de Gall, mais échouent contre la tête de pont où le général PETIT est blessé mortellement. Une seconde attaque enlèvera la position et le pont.​

​​​​Les Ouvriers et marins non encore employés au service actif sur le Danube, secondent l’artillerie et le génie dans la préparation des matériaux et à la construction des ponts et estacades de l’île de Lobau.

. Le 3 juin 1809 : Camp du Pavillon Blanc.

  • 5H00 du soir : Correspondance du Colonel Baste au général Bertrand :

« Monseigneur, J’ai l’honneur de vous rendre compte qu’en partant ce matin de notre camp pour aller en découverte sur les îles, j’ai d’abord établi la communication avec un va-et-vient sur l’île où sont les 100 hommes et où l’on a fait un retranchement pour placer deux pièces de canon, conformément aux ordres que S.M. a donnés hier soir. Malgré la communication que j’ai établie sur l’île retranchée, j’y ai laissé quelques bateaux à rames pour la faciliter.

Après avoir quitté cette île, j’ai continué ma route avec sept bateaux moyens et j’ai débarqué dans trois îles, dont une grande où nous avons trouvé un poste Autrichien. Des hommes de ce poste, dont trois s’étaient embarqués dans un petit bateau, j’en ai fait prendre deux et arrêter la barque, dans laquelle il s’est trouvé un cerf mort. Le troisième Autrichien s’est échappé, malgré notre diligence à le poursuivre.

Arrivés de l’autre côté de cette grande île, j’ai rencontré un poste de douze hommes qui s’est embarqué dans un bac qui l’attendait sur le rivage ; notre fusillade a été très vive sur le bac, cependant ils ont traversé sur une autre île et j’ai fait passer trois hommes à la nage qui m’ont ramené le bac qui m’a servi pour venir rejoindre mes autres bateaux.

Les résultats de cette petite expédition sont : deux soldats autrichiens prisonniers et un paysan avec deux bateaux. Les ennemis avaient deux pièces de canon de six de ce côté, avec lesquelles ils nous ont tiré environ trente coups à boulets, sans toucher ni bateau ni homme.

J’ai été extrêmement content de tout le monde, mais surtout des officiers et particulièrement de MM. Parmentier, Armand et Sauvaget.

D’un autre côté, on a pas été tout à fait aussi heureux. En descendant des barques chargées, des environs de Vienne, ainsi que des pilots en radeaux, on nous a tué un matelot de la 3ème compagnie et le même boulet en a blessé deux autres.

Capitaine de vaisseau Baste »​​​

. Le 4 juin : Presbourg :

Les troupes françaises tentent de bombarder la position autrichienne et cherchent à prendre pied sur l’île Kis-duna, mais échouent encore. Après de nombreux combats, le siège est abandonné. Les français font 400 prisonniers dont le petit fils du général autrichien BEAULIEU. Les français et alliés hessois ont perdus 144 tués, blessés ou disparus.

. Le 5 juin 1809 : Château de Schoenbrunn :

L’Empereur multiplie les ordres pour reprendre l’offensive au plus tôt. Il suit attentivement les préparatifs et travaux dont fait masquer les futurs points de passage sur l’autre rive et les chantiers de construction des ponts. Il reçoit BERTRAND ainsi de les ingénieurs DESSAVES du génie et MOREAU de la marine avec lesquels ils projette la construction de plusieurs ponts, dont un sera assez révolutionnaire dans sa conception. Il fait manœuvrer des troupes en amont de Vienne afin d’attirer l’attention des autrichiens. Il rentre tous les soirs au château retrouver Marie Walewska, son « épouse » polonaise.

. Le 5 juin 1809 : Vienne. Correspondance du Colonel Baste au Major général :

« Monseigneur, Depuis que nous sommes en croisière ou en station près des îles dans les divers bras du Danube aux environs d’Ebersdorf, pour arrêter ou détourner tout ce qui pourrait détruire le pont, nous avons beaucoup consommé de cartouches d’infanterie, malgré que, sur ma recommandation, on les économise tant que l’on peut. J’ai fait la demande à l’arsenal de Vienne pour les faire remlacer.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que vingt bateaux moyens sont en station sur les différents bras du Danube qui avoisinent le pont d’Ebersdorf, pour arrêter ou détourner les radeaux, les brûlots, les moulins, les barques, les carcasses et autres pièces de bois qui pourraient être lancé par l’ennemi pour incendier ou rompre le pont d’Ebersdorf. Chaque bateau est muni de ce qui lui est nécessaire et la plus grande surveillance est observée le jour comme de nuit.

Demain au soir deux bateaux seront armés chacun de trois canons de 3 ; s’ils n’ont pas un obusier de six pouces chacun, c’est qu’on n’a pas pu m’en fournir à l’arsenal.

L’on construit des pontons, et sous peu de jours, lorsque nous aurons les matériaux nécessaires, on mettra en construction les six barques bastinguées.

Mon service commence à être établi et organisé, de manière que les travaux de marine vont grand train à Ebersdorf et à Vienne.

Baste. »

De nombreuses reconnaissances sont exécutées sur les bras du fleuve par des officiers du génie auxquels le général BERTRAND a attaché des officiers de marine. Le Chef de Bataillon BARAILLON du génie est chargé par le général BERTRAND, conformément aux ordres de l’Empereur, de reconnaître les îles du Danube depuis Ebersdorf jusqu’à Regelsbrunn, accompagné d’un officier de marine.

Les marins du 44ème de flottille et les ouvriers de la marine serpentent le fleuve sur de petites embarcations armées, pour transporter des matériaux et protéger les chantiers. Les échanges de tirs sont fréquents avec les détachements autrichiens sur l’autre rive. Le colonel BASTE, monté sur le bateau canonnier Le Saint-Hilaire avec des éléments de la 5ème Cie/44° de flottille, dirige sa petite divisions d’une dizaine de canonnières qui soutiennent de leurs canons la tête de pont de l’avant garde. Le lieutenant de vaisseau Jacques PARMENTIER (Né à ST Valéry sur Sommes) commande la 5ème Cie, a les honneurs d’une citation élogieuse de la par de son commandant, qui écrit dans son rapport :

« Monsieur Parmentier, capitaine à la 5ème compagnie du 44ème bataillon, qui commandait une petite division, a parfaitement fait son devoir. Je me félicite d’avoir demandé et obtenu pour lui la croix de la Légion d’Honneur dans l’affaire du 21 juin dernier. »

L’archiduc fait fortifier toute sa ligne de front d’Aspern à Essling, jusqu’à Gross-Enzersdorf. Fait ériger des palissades et des redoutes armées. 8 lunettes remplies de pièces d’artillerie sont disséminées en avant des villages, soit 30 000 hommes et 74 canons. Des tranchées sont creusées pour relier chaque redoute. Les renforts, composés de nombreux volontaires de landwehrs viennent occuper le terrain.

. Le 7 juin 1809 : Neustadt.

L’armée d’Italie arrive en renfort. L’Empereur inspecte les troupes qui défilent devant lui., puis il se rend à l’hôtel du Cerf d’or à Wiener Neustadt.

. Le 7 juin 1809 : Ebersdorf : Correspondance du général BERTRAND au Major Général :

« Monseigneur,

J’ai l’honneur d’adresser à votre Altesse le rapport du chef de bataillon du génie Baraillon, qui a visité les îles de la rive droite du Danube depuis Ebersdorf jusqu’à Regelsbrunn, conformément aux ordres de Sa Majesté.

Le détachement de 50 marins qui était avec cet officier vient de rentrer au camp ; l’officier de marine m’a dit n’avoir trouvé aucun bateau en état. Ils exigeaient tous des réparations plus ou moins considérables.

Bertrand. ».

. Le 8 juin 1809 : Raab :

Il semble que les Autrichiens se concentrent vers Raab. L’archiduc Jean s’en approche alors que le prince EUGENE n’est pas très loin, non plus, ce cette ville. Devant Raab, le Danube isole entre ses bras une très grande île du nom de Petit Schütt d’environ 14 lieues de long. Les cavaliers de Lasalle passent dans cette île est se rapprochent de la ville, grâce à l’aide de 8 sapeurs Hessois qui vont, en un temps record, établir un pont vers la grande île.

. Le 9 juin 1809 : Ebersdorf : Correspondance du général BERTRAND au Major Général :

« Monseigneur,

Un bateau armé de trois pièces de canon de 3 est entré hier dans le port d’Ebersdorf ; le bateau a 18 rames à la française ; les trois pièces peuvent tirer dans tous les sens. Le colonel Baste espère qu’un autre bateau sera armé demain soir.

Le général La Riboisière n’a pu fournir d’obusiers.

Les marins ont brûlé avant-hier un gros bateau couvert, rempli de fascines et de paille, destiné probablement à incendier le pont. »

. Le 9 juin 1809 : Escarmouche à Presbourg.

Le maréchal DAVOUT opère devant Presbourg, il a un détachement de marins qui participent à l’enlèvement des îles avoisinant la place, et occupent l’île d’Ober-Ufer qui forme une tête de pont, ainsi que l’île de theben.

​. Le 10 juin 1809 : Camp impérial de Schönbrunn :

Le 10 mai dernier, l’Empereur avait ordonné la construction de six barques bastinguées, il confirme ses intentions en donnant des précisions sur l’armement de ces bateaux.

« Ordre.

1° Il sera armé six bateaux. Chaque bateau sera armé de deux à trois pièces de canon et de douze jusqu’à trente avirons. Deux de ces bateaux, les plus légers, seront armés de pièces de 3 ; deux seront armés de pièces de 6, un d’un obusier et d’une pièce de 12.

2° Il sera construit une petite batterie flottante, ayant un parapet ou un bordage à l’abri de la mitraille et des petits canons. Elle sera armée de trois pièces de 18. Cette batterie aura ses ancres et tous ses agrès pour pouvoir s’embosser où il sera nécessaire.

3° Le général du génie fera armer ces bateaux. Le général d’artillerie donnera l’artillerie nécessaire.

Le capitaine commandant la marine donnera des noms à ces bateaux, et à chacun un commandant et un équipage fixe. Ces bateaux auront toujours des vivres pour six jours.

Napoléon. »

. Le 11 juin 1809 : Ebersdorf :

L’ordre de l’Empereur sera partiellement exécuté dans le rapport du général Bertrand :

« Rapport du général sur les constructions de la marine.

Un bateau armé de trois pièces de 3 est avec la flottille au pavillon bleu ; l’ennemi ne peut le voir. Un second bateau armé de pièces de 6 y arrivera ce soir. Un troisième bateau pouvant porter un obusier de 8 pouces sera prêt dans trois jours.

Pour avoir les trois autres bateaux qu’il fait armer en guerre, d’après les ordres de l’Empereur, il faudra les prendre parmi ceux du pont de bateau.

Les ingénieurs avaient fait un projet de batterie flottante sur une caisse, ne croyant pas trouver du bois assez léger pour former un radeau qui pût porter quatre pièces de 12 ; mais le colonel Baste pense que le Danube est trop rapide pour pouvoir remorquer contre le courant une telle batterie ; il croit qu’il faut se borner à placer quatre pièces de 12 sur un bateau ; il en a un de propre à cela, mais il ne pense pas qu’on puisse placer des pièces de 18 sur les bateaux qui existent ici.

Il faudra huit à dix jours au moins pour que ces quatre derniers bateaux soient en état ; six pontons doivent être terminés demain soir.

Le général Bertrand. »

. Le 12 juin 1809 : Rakendorf.

  • 4H00 du matin : Le pont de Rakendorf est rétabli. Une tête de pont se forme. La cavalerie explore l’île. DAVOUT vient en personne voir le pont et l’île. LASALLE après un bref combat contre des hussards hongrois durant lequel 20 cavaliers dont le colonel sont tués, ramène 36 prisonniers.

. Le 13 juin 1809 : Raab :

L’archiduc Jean est à Raab où un camp retranché est établi, composé de quatre bastions garnis de 18 canons de forteresse sous les ordres du colonel BECHY et d’une garnison de 2 500 hommes. Les autrichiens ne semblent pas avare de munitions.

. Les 14 & 15 juin 1809 : Raab :

Témoignages : « Le sergent de grenadier Jean GEMI du 102ème de ligne, au cours d’une charge, tue avec la fourche qui lui sert d’arme, 21 autrichiens dont 1 capitaine. Le prince Eugène, témoin des combats, lui fit obtenir la Légion d’Honneur. Le caporal DERAME, du 102èmede ligne enlève un drapeau qu’il présente au prince Eugène. »

« Le carabinier Frézou du 23ème léger, après que son colonel (Thierry) fut tué, se rend compte que le 3ème de ligne Italien, à proximité, vient de perdre une de ses Aigles, il se jette alors dans la mêlée, renverse plusieurs autrichiens et récupère le « coucou » perdu. »

Un détachement d’ouvriers et de marins sont à Raab, sous les ordres du commandant du génie PREVOST-VERNOIS, et travaillent à la construction de trois ponts sur la rivière (2 en amont et 1 en aval de la place) pendant le siège de la ville. Sur les ordres de LASALLE, ils transportent sur une charrette, un bateau, de la Raabnitz dans la Raab, afin de faciliter la communication avec S.A.I. Ces embarcations sont montés par des marins et des hussards. Plusieurs bateaux sont capturés contenant des approvisionnements considérables.

. Le 17 juin 1809 : Raab :

Plusieurs obusiers et mortiers arrivent pour bombarder la place. LAURISTON organise le siège de son côté. Les ponts commencés sont achevés et semblent solides puisque des pièces de 18 passent dessus sans problème, les munitions arrivent sur des chariots et par le fleuve. Des Hessois et deux bataillons du 85ème de ligne sont prêtés par GUDIN à LAURISTON.​​​

. Le 20 juin 1809 : Etat de situation du 44ème Bataillon de Flottille :

​​

​​. La nuit du 19 au 20 juin 1809 : Raab :

La place est bombardée par les obusiers et mortiers arrivés le 17. Ils font le plus grand mal au camp retranché ennemi.

. Le 21 juin 1809 :

Vers 5 heures du matin, le colonel BASTE quitte, avec sa flottille de bateaux canonniers, le camp du Pavillon bleu pour reconnaître les îles du Danube.

Témoignage : Le capitaine (Lieutenant de vaisseau) Jacques PARMENTIER, (Né à ST Valéry sur Sommes), commande une petite division de canonnières et effectue une reconnaissance des îles du Danube. Il reçoit un feu nourrit des postes avancées autrichiens répartis dans toutes les îles. Il canonne les nœuds de résistance ainsi que les embarcations ennemies à sa portée. Il débarque ses matelots disponibles qui fondent à la baïonnette sur les chasseurs autrichiens. Ces derniers sont partout repoussés avec perte et évacuent leurs postes.

Le lieutenant de vaisseau PARMENTIER a les honneurs d’une citation élogieuse de la part de son commandant, le Colonel BASTE, qui écrira plus tard dans son rapport :

« Monsieur Parmentier, capitaine à la 5ème compagnie du 44ème bataillon, qui commandait une petite division, a parfaitement fait son devoir. Je me félicite d’avoir demandé et obtenu pour lui la croix de la Légion d’Honneur dans l’affaire du 21 juin dernier. »​​​​​

. Le 22 juin : Capitulation de Raab :

La ville assiégée depuis le 15 juin dernier capitule. Le prince EUGENE et MAC DONALD y battent l’archiduc JEAN. Cette victoire permet à l’armée d’Italie de rejoindre l’Empereur, ce qui retarde le ralliement des deux armées autrichiennes.

. Le 22 juin 1809 : Combat sur le Danube :​​​​ ​. Le 22 juin 1809 : Vienne. Correspondance du général BERTRAND au Major Général.

« Monseigneur,

J’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse un rapport du colonel Baste sur le mouvement que la flottille a fait dans la journée d’hier.

Le bac ordonné par S.M. sera, je pense, calfaté demain soir, mis à l’eau le 24 et terminé le 25.

Nous avons trouvé des courbes et on a réussi suffisamment d’ouvriers pour pouvoir en construire un second, je l’ai fait commencer hier, il pourra être fini le 26, peut-être le 25.

Ces deux bacs pourront contenir chacun 300 à 400 hommes. Dans un quart d’heure ces deux bacs auront jeté sur la rive opposés 1 500 hommes et 8 pièces de canon.

Bertrand. »

. Le 22 juin 1809 : Rapport du Capitaine de vaisseau BASTE au général Bertrand :

« Rapport fait à M. le général Bertrand, aide de camp de S.M. l’Empereur et Roi, commandant en chef du génie de l’armée d’Allemagne, par le capitaine de vaisseau Baste, colonel, commandant les marins de la garde impériale, ainsi que les matelots et ouvriers militaires de marine de l’armée précitée.

Mon Général,

L’Empereur nous a manifesté, le 19, l’intention et le désir de faire construire un pont de 80 toises sur dix pontons de 25 pieds de long, et avant-hier l’envie d’inquiéter les ennemis sur la rive gauche et de faire des incursions sur les îles qu’ils occupent. Déjà les dix pontons sont construits, et une partie calfatée et brayée ; le bac est bien avancé et on travaille à la construction du pont.

Hier, à 5 heures du matin, avec deux cent cinquante marins, deux bateaux canonniers et douze bateaux moyens, je partis du camp du Pavillon bleu ; je me portai sur la droite de l’ennemi en remontant le Danube à la rame et à la cordelle ; je chassai les ennemis de trois îles que je n’avais vues encore que de loin. Je vous préviens que l’ennemi n’avait sur ces îles que des postes d’observation. Nous leur avons tué une quinzaine d’hommes dont trois sont tombés morts sous mes yeux. Nous avons à regretter un bon matelot, qui a été tué d’un coup de fusil dans la hanche droite, en courant après les Autrichiens que je voulais faire prendre vivants, attendu que l’Empereur m’avait paru souhaiter avoir des prisonniers

Pour arriver à la troisième île où nous débarquâmes après avoir pris les deux premières, il fallait passer dans quatre bras différents, défendus par des batteries, depuis quatre jusqu’à huit pièces de canon de 7 et de 12. Nous n’en remontâmes pas moins le courant sous le feu très vif de leurs batteries, qui étaient augmentées par quelques pièces d’artillerie légère qui suivaient le rivage. Ils nous tirèrent environ, pendant nos trajets pour nous rendre à ces îles, 150 coups de canon à boulets, et à notre retour, au moins 60 coups aussi à boulets ; mais nous n’en avons pas moins rempli le but de l’Empereur, qui est de les inquiéter et de les tourmenter dans leurs camps et dans les îles qu’ils occupent.

Pendant toute la canonnade des ennemis, à laquelle nous avons riposté d’environ 60 coups de canons à boulets, le bateau canonnier Le Marengo a reçu un boulet à tribord qui est resté dans le bois ; un autre boulet a cassé le gouvernail, un troisième a coupé deux rames dans les mains des matelots et personne n’a été blessé à son bord. J’ai été extrêmement content de la bravoure, du sang-froid et de la présence d’esprit du capitaine Duplouy, enseigne qui le commande. S’il est possible qu’il fût fait lieutenant de vaisseau, j’en seras enchanté. Le bateau canonnier l’Austerlitz a eu aussi deux rames de coupées à son bord et un homme de blessé par un boulet ; le capitaine de ce bateau s’est aussi très bien conduit, ainsi que tous les officiers de marine qui étaient sur les 12 bateaux de transport, dont un a aussi reçu un boulet de 12 qui n’a blessé personne.

Je suis arrivé au camp du Pavillon bleu, de retour de cette expédition hier au soir à 5 heures. Comme celle sous le vent, c’est à dire à la gauche de l’ennemi, demanderaient deux ou trois jours, je ne pourrai pas la faire encore, parce que j’ai beaucoup d’occupation à Vienne, à Ebersdorf et au camp du Pavillon bleu, pour les armements, installations et réparations de toute la flottille.

Baste »

. Le 23 juin 1809 : Schönbrunn : Lettre de l’Empereur au général BERTRAND.

  • 10H00 du matin : « Monsieur le général Bertrand, il paraît par votre rapport que le pont et le bac sont faits. Je me rendrai ce soir à quatre heures dans l’île. Vous avez bien fait d’en commencer un second ; faites-en commencer un troisième. Faites porter aussi dans le bras sept ou huit nacelles ; cela peut se porter sur des voitures. Ces nacelles sont importantes. Nous y placerons des marins d’observation, pour contenir ce que l’on pourrait envoyer contre les ponts. Raab a demandé à capituler ; ainsi tout marche vers la grande opération. J’ai vu avec plaisir l’opération du capitaine Baste ; je donnerai des récompenses aux officiers qui se sont distingués ; sont-ils de la légion ? Mais ayez soin que toutes les opérations se fassent en haut pour inquiéter l’ennemi t s’accoutumer, et non pas du côté où nous devons faire la descente. Quand aura-t-on les deux autres barques armées et surtout la grande ?

Napoléon »

. Le 25/26 juin 1809 : Gratz ou Graz.

Le 84ème de ligne, comprenant ses deux premiers bataillons (1 200 hommes) et 10 pièces de canon de 3, sous les ordres du colonel Gambin, lutte durant 14 heures, retranchés dans le cimetière de St Léonard (Sankt Leonhard), contre 10 000 Autrichiens du général Gyulay. Malgré leur infériorité ils prennent 500 prisonniers et deux drapeaux à l’ennemi, avant que le général Bourcier arrive en renfort. Les Français comptent 32 tués et 231 blessés, prisonniers ou disparus et 3 canons sont détruits. Les Autrichiens perdent 164 tués, 816 blessés dont 500 prisonniers et 2 drapeaux.​​​​

. Le 26 juin 1809 : Paris. Lettre du ministre de la marine DECRES au ministre de la Guerre.

« Mon cher Collègue,

L’Empereur vient de m’ordonner de vous faire savoir que son intention est que l’équipage des marins de la Garde parte sur-le-champ en poste pour se rendre près de lui. Il me mande de m’entendre avec vous pour que ce mouvement s’opère sur-le-champ. Comme le pense que c’est à vous à en donner l’ordre, je vous prie de me faire savoir si je puis vous seconder en quelque chose et je serai très empressé de le faire. Je crois que l’équipage n’est pas tout à fait au complet, mais l’intention de l’Empereur est que s’il pouvait excéder ce complet, on fasse partir tout ce dont on pourra disposer, et qui sera propre à la guerre. J’expédie de mon côté en poste 100 ouvriers de Boulogne et 100 marins de Rochefort.

DECRES ».

. Le 28 juin 1809 : Schönbrunn : Ordres de l’Empereur :

« Sa Majesté ordonne :

1° Le capitaine Larue fera ponter les bateaux de manière à pouvoir jeter le pont de l’embouchure* dans le Danube en deux heures de temps

(* L’Empereur donne le nom de pont de l’embouchure à celui qui devait être jeté à la pointe sud-est de l’île Lobau, sur le bras du Danube qui contourne cette île)

2° Il sera choisi cinq bacs ou bateaux pouvant porter chacun 300 hommes, lesquels seront remontés dans le bras et pourront débarquer 1 500 hommes à la fois sur la rive droite. Il sera jeté sur-le-champ une cinquenelle, et ces cinq bacs feront traille. Comme le bras du Danube n’a dans cette partie que 60 toises, on pourra passer autant de monde qu’on voudra. Chacun de ces bacs sera arrangé pour porter une pièce de canon.

3° Le commandant des marins avec ces bateaux armés de canon prendra position au moment de l’affaire, dans le Danube, vis-à-vis de Hansel-Grund et fera débarquer 2 000 hommes sur des bateaux à lui. Ces bateaux sont autres que ceux formant les ponts.

4° Aussitôt qu’on se maître des batteries du Hansel-Grund et que le débarquement aura lieu, le commandant des marins s’emparera de l’île de Rohr-Tsirth, tâchera d’introduire un de ses bateaux dans le canal du Hansel-Grund du Danube et placera ses bateaux armés vis-à-vis le Zahnet, en faisant le tour de l’île de Rohr-Tsirth, pour battre cette droite de la rivière.

5° Le général Oudinot sera chargé de toute cette opération. Les commandants de l’artillerie et du génie du 2ème corps prendront à cet effet les mesures convenables.

6° il y aura sur les haquets, des pontons tout prêts pour jeter des ponts vis-à-vis Mühlleuten.

7° il y aura vis-à-vis le petit bras appelé Steingügel, qui sépare le Danube de la Maison Blanche, un bateau avec trois chevalets, les madriers et agrès nécessaires pour y jeter là un pont. Ce pont sera démasqué et mis à l’eau, lorsque les troupes seront ç cette hauteur.

8° Le général Oudinot et les généraux commandant l’artillerie et le génie sont chargés de faire toutes les dispositions et de prendre les mesures de détail, pour l’exécution de ca projet.

Napoléon. »

. Le 29 juin 1809 : Prise de l’île d’Abern.

Le prince d’Eckmühl demande au colonel DUCREST, du 21ème de ligne, 40 nageurs de « bonne volonté » pour s’emparer de l’île d’Abern, située devant Presbourg. Le lieutenant CONSTANT et le sous-lieutenant JOBERT sont volontaires pour cette expédition. A minuit, les nageurs s’embarquent, mais la nacelle contenant le lieutenant et 9 voltigeurs chavire, toutefois, les 30 voltigeurs du sous lieutenant abordent l’île et surprennent les sentinelles. Ils apprennent d’elles que 1 800 hommes du 61ème régiment Autrichien (Saint-Julien) (Division COLLOREDO) et deux pièces d’artillerie (6 livres) sont présents. Sans se dérober, ils s’emparent à la baïonnette des deux canons et leurs caissons et font prisonniers 1 officier et 15 canonniers. Après quelques combats, 2 capitaines, 2 lieutenants et 120 ennemis se rendent. Plus tard, les voltigeurs prennent encore 400 autrichiens et chassent le reste du régiment hors de l’île. Le caporal Cuniot sauve son officier en tuant le colonel ennemi qui allait le sabrer.​

​. Durant ce temps à Strasbourg :

De petits détachements d’Ouvriers Charpentiers et Calfats, partis de Rochefort et de Boulogne, avec « trois paires de souliers neufs et une capote », se réunissent au petit dépôt de Strasbourg, puis sont envoyés rejoindre le gros du bataillon sur les rives du Danube.

. Le 30 juin 1809: Manœuvre de diversion.

L’Empereur dîne à Schoenbrünn en compagnie d’EUGENE, BERNADOTTE et DAVOUT et discutent d’arts et de lettres plutôt que de sujets militaires. Il dicte quelques ordres dont un, dans le but d’attirer l’attention des autrichiens sur un autre point que celui des futurs passages, ordonne à MASSENA de faire des préparatif pour envoyer une brigade sur la rive gauche, en empruntant le pont qui a servi à l’attaque d’avril. Ce simulacre devrait attirer l’attention des autrichiens.

  • 23h00 : l’Empereur se couche après avoir demandé à MONTESQIOU à quelle heure se levait le jour. « Quatre heures, Sire ! Eh bien nous partirons à quatre heures pour l’île de Lobau … » Il demande de faire prévenir l’écuyer de service pour préparer les chevaux.

Sources :

. Œuvres de Napoléon Bonaparte. Paris. CLF PANCKOUCKE EDITEUR, rue des Poitevins, n° 14 1821. Tome ?

. MARBOT Tome II.

. Alain PIGEARD : Les Pontonniers de la Grande Armée. Tradition Magazine N°

. Bulletins de la Grande Armée.

. Les carnets de la Sabretache 1895.

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