Sous le regard de l'Empereur

À l'attention du Chef de Bataillon

Commandant, par intérim, du 8ème B.O.M.M/44ème Équipage de Flottille.

Sylvain dit Mieux-Vaut-Tard © Histoarts et Le Garde Chauvin




Le neuvième jour de septembre de l’an XVIII.



Journal de marche de l’Ouvrier de 1ère classe Mieux Vaut Tard, 1ère escouade, 1ère section, 2ème compagnie du 8ème Bataillon d’Ouvriers Militaires de la Marine.


Halte temporaire à Napoléon-Vendée-sur-Yon (je crois !).



Vendredi 7 : 22h00. Petit dépôt des ouvriers du port de Nantes : Arrivée du détachement du 8ème BOMM, composé du caporal Trusquin, de l’appointé-caporal Requiem, ainsi que du caporal Long Feu du 3ème Régiment d’Artillerie de Marine. Nous partageons une tarte aux pommes (origine France garantie) avant de nous coucher sur nos paillasses ou puciers.



Samedi 8 : 8h00. Petit dépôt de Nantes : réveil, dépouillage, dépuçage, mouillage du visage seulement à la cuvette et au broc d’eau froide. Nous chargeons le matériel sur le chariot du canonnier Long Feu.


9h00: Départ pour Napoléon-Vendée (La Roche-sur-Yon) Les quatre chevaux de trait vont trottinant sur la grand’route, tenus fermement par le canonnier Long Feu. Nous chantons en cœur une vieille complainte guerrière d’un moustachu dénommé Brassens: Le p’tit ch’val dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courAAAgeux, c’était un petit cheval blanc, tous derrière tous derrièreuuu… Des nuages noirs au-dessus de nous s’amoncèlent, ça sent l’crachin breton.


10h00 : Napoléon-Vendée. Arrivée sur la place Napoléon où se trouve la statue équestre de notre auguste Patron, pas not’Vieux, l’autre en bicorne. Nous retrouvons sous les arbres, le bivouac et nos camarades. Apercevant le quartier-maître La Garouille, not’ camarade Long Feu prend conseil auprès de son chef le sergent Tire-Bourre et s’en va fissa-fissa (mots voulant dire Vite-vite selon un dialecte arabe, vieux souvenirs de sa campagne en Égypte en 1798) cacher les quatre beaux chevaux Boulonnais attelés à son chariot. Pendant ce temps nous sortons des havresacs nos effets et ajustons nos grandes tenues. Nous avons fier allure et déjà les regards de quelques jeunettes locales s’attardent sur nous (enfin moi en particulier). Le conscrit Le Cadet en est d’ailleurs tout émoustillé d’ailleurs. Il a la tête toute rouge, comme une fraise normande.


11h00 : Place Napoléon. Nous allons rendre les honneurs à la statue équestre du Patron qui domine la place. Nous présentons aussi les armes à une belle mariée qui venait de faire la bêtise d’épouser autre chose qu’un ouvrier de la Marine. Nos sourires enjôleurs furent pour elle la dernière source de joie et de plaisir qu’elle aura de toute sa vie, à présent liée, devant le maire, à un simple Pékin. Chose étrange, une fanfare de la Garde Impériale se joignit à nous. Apparemment perdue, elle cherchait l’Empereur au château de Fontainebleau… Y sont pas rendus ! Nous partons ensuite parader en ville où nous faisons forte impression sur la population locale et la gent féminine. Les demandes en mariage explosent, les combustions spontanées aussi. Nous ramassons justement à la pelle les cendres d’un camarade qui s’est embrasé devant nous. Une horreur ou plutôt une odeur de grillé insupportable, ah le cochon !


12h30 : Place Napoléon. C’est l’heure de la popote. On nous sert des mogettes avec du jambon de cochon grillé. Méfiants, nous regardons de plus près la viande. Quelques-uns lancent des regards soupçonneux allant de La Garouille au cheval en bronze du Patron. Les tergiversations prennent fin lorsque le vin arrive. Le rosé frais nous fait du bien par cette chaleur.


13h30 : Place Napoléon. Nos paupières sont déjà lourdes en cet après-midi ensoleillé, aussi nous nous installons sous un tivoli de toile, sur des ballots de paille. Avec mon cousin Le Trusquin nous conversons avec un franco-britannique. Méfiants des espions qui rôdent dans l’coin, nous le laissons causer franglais puisqu’il a l’air d’aimer ça.


14h00 : Place Napoléon. Le bureau de recrutement ne désemplit pas, et le Commandant a bien du mal à suivre (Il vient de consommer sa troisième plume d’oie et ses deux litres d’encre de noix). L’effet secondaire des mogettes l’oblige à quitter maintes fois son bureau pour aller s’isoler. Non loin, le conscrit Le Cadet monte la garde, c’est normal, les corvées c’est le dernier arrivé dans la compagnie qui doit les faire. Enfin, il passe surtout son temps à laisser traîner de timides regards furtifs sur les filles du pays, car il n’y a pas d’ces êtres là dans son bourg campagnard. Il faut dire qu’à notre grand étonnement, la Vendéenne est accueillante.


15h00 : Place Napoléon. La patrouille est menée par le sergent La Gabelle. Nous faisons le tour des rues commerçantes où nous sommes acclamés par toutes et tous. A côté de moi Main-Gauche en est tout ému. Il est vrai qu’en tant qu’homme marié il doit faire gaffe et il me demande d’un air penaud si regarder c’est tromper ? Bien sûr que non, que j’lui réponds ! Il semble soulagé.


16h00 : Place Napoléon. Exercice de pied ferme mené avec brio par lord-quartier-maître Lapérouse. A mon avis, il s’agit plus d’une démonstration ayant pour objectif de favoriser les vocations. Nous nous exécutons avec un peu de relâchement tout de même. L’ouvrier Main-Gauche et moi rions de bon cœur devant les explications techniques données par le lord Jean-comien face à l’attroupement de badauds qui l’observe s’agiter frénétiquement. Notre compagnon reste imperturbable et se montre digne de son noble sang.


17h00 : Place Napoléon. Patrouille avec le caporal Trusquin, l’appointé-caporal Requiem, Main-Gauche, le Cadet, lord-quartier-maître La Pérouse et moi-même. Nous repérons quelques estaminets qui ont l’air fort sympathiques. En rentrant au camp nous trouvons le commandant entouré de deux charmantes personnes. Nous sommes tous immédiatement épatés et… jaloux. Pourquoi lui et pas nous, qu’on s’dit ? Le prestige de l’uniforme, la dorure de ses épaulettes, sa stature d’athlète nordique, et son sourire carnassier, font des ravages partout où il passe.

Nota pour moi : Revoir ce passage, j’en écris peut-être pas assez, ça va pas m’aider à passer caporal.


19h00 : Place Napoléon. Nous assistons de loin à un spectacle étrange, un assaut de cavaliers vendéens sur des chevaux à… deux pattes semble vouloir attaquer la place. La Garouille qui n’est d’ailleurs pas très loin est à côté du commandant. Un tir de canon du sergent Tire-Bourre stoppe nette cette chevauchée fantastique. Nous entendons des cris sans y attacher beaucoup d’attention. Nous ne savons trop quoi penser. Les mots nous manquent. L’intérêt aussi car l’action était suicidaire. Suite à cela, les cantonniers locaux nettoient la rue qui sent la poudre et l’orange (étrange !). La journée se termine, nous démontons le bivouac avant de nous saluer cordialement et d’s’en retourner vers nos dépôts respectifs.


20h00 : Place Napoléon. Nous prenons une dernière chopine dans un troquet avant d’prendre la route. Malheureusement le bouiboui étant surchargé de tables et de tabourets vides, le loufiat mettra trois plombes à atteindre et servir les bières à notre joyeuse tablée ! Coup de chance, les bières étaient encore bonnes et fraîches. Avant de partir de ce lieu indigne de nous, en guise de paiement, nous incendions l’établissement. C’est une question de principe ! Et les principes chez nous aut’ les marins, ça compte ! On s’dit que dans neuf mois ou un an environ, la population de ce bled aura oublié not’sympathique passage.


21h00 : Place Napoléon. Départ de not’ charroi, les uns en direction de la Charente Inférieure, les autres vers la Bretagne.


22h00 : Arrivée au petit dépôt de Nantes. Mes compagnons me déposent devant la guérite et continuent vers le port de Lorient.



Veuillez trouver ici, Mon Commandant à rayures, la fin de mon rapport sur notre journée vendéenne à Napoléon dite La Roche-sur-Yon.



Avec toute la nostalgie pour les yeux bleus de cette charmante petite chose, vous-même vous savez…


Votre humble appointé-caporal, peut-être l’ex-ouvrier de 1ère classe.



Sylvain dit Mieux Vaut Tard












Bafouille : Mieux-Vaut-Tard

Modifications & censure : Lumière Céleste

Corrections : La Royale




Journal de marche du Sergent Tire-Bourre, chef du 1er canon de la 1ère Batterie, 1ère Compagnie du 3ème Régiment du Corps Impérial d’Artillerie de Marine.



Expédition vendéenne à Napoléon-Vendée (La Roche-sur-Yon), du 08/09/2018.



Samedi 8 septembre 6h30 : Rendez-vous était fixé à mon domicile, pauvre fermette fortifiée surnommée « la boite à mitrailles» tenant plus de la « guérite de garde » que de l'humble demeure des Sept-Nains. J'abaisse le pont-levis (plus précisément la grosse planche couvrant une fosse à purin), monte la herse (Ce sont des fourches posées près de cette entrée), retire les chevaux de frise (planches, fermettes, lattes et bouts de bois couverts de pointes et de clous rouillés) et j’enferme mes deux chiens de guerre (bustes de chien boxer en porcelaine peinte en position assise, de race Foir’fouille.)


6h45 : Arrivée du sergent la Gabelle, qui grommelle, car il a un pied tout crotté jusqu’au milieu du mollet, il a raté le pont-levis. Le jus de chaussette (café/noisettes entières, pas le temps de les moudre !) lui est offert (C’est bien le moins que j’puisse faire !). Dix minutes plus tard Le Brutal arrive à son tour (Re-café, ou plutôt noisettes à goût de café à croquer que La Gabelle n’a pas pu manger, trop dures pour ses pauv’dents !) Chargement de la pièce de terre dans le chariot qui n’en demandait pas tant, vu tout ce que j'avais déjà mis dessus la veille (à noter que l’avant-train n’était pas disponible, embourbé jusqu’à l’essieu dans la fosse près du pont-levis). Les palefreniers attellent leurs 170 canassons de réforme et 12 chevaux de bois réquisitionnés sur les manèges des forains d’à côté, qui protestent de cet enlèvement, puis nous partons à fond de train (3 km/heure) direction le « Patron » ou du moins son auguste statue équestre à La Roche. Durant le très long trajet (Rappel 3 km/h) mes passagers me demandent si je n'ai pas peur pour mon cheptel équin, « Pas d’soucis que j'dis les ingénieurs Cormier et Valot ont fait fortifier le haras local dans lequel je ferai abriter mon troupeau. Ses murs de 5 toises, ses portes en acier, ses fossés remplis d’eau, liquide répulsif naturel pour un certain quartier maître Garoullien, dont la devise est : « Pas d’eau chez les marins, car l’eau bu éclate ».


7h30 : Arrivée place Napoléon, salut au patron (qui porte justement le même nom !), confiscation et réservation des places pour les chariots venant des Charentes et l'arrivée prochaine du « gros » de la troupe (attention, j’veux dire les ouvriers et marins, pas not’chef !). Montage d'une partie du bivouac, mise en place des pièces, le canon de terre couvrant l'entrée impériale de la place et celui de mer, visant le cul du cheval du patron (Oui je sais, il est en bronze mais on annonce l'arrivée prochaine de l'Attila des écuries, le Tarrassbubla équin des steppes, the Crazy Horse des haras, le Nosfératu des padoques, la Dent creuse du bourrin, le doryphore de l’hippocampe, le Himmler des steaks… bref le terrible La Garouille).


8h30 : Bon ben c'n’est pas l’tout, y faut passer aux choses sérieuses : feu, eau, cafetière et café noisette.


8h32 : J'en étais sûr comme une mouche sur du miel lorsque les premiers « Chauvins » arrivent, y a pas à dire l’odeur de la noisette ça marche toujours !


9h00 : Montage du reste du campement. Not’ fameux cambusier zyeute

fixement le centre de la place, ça doit être la taille du cheval du Patron qui l’impressionne et l’rend tout pensif.


10h00 : La troupe se rassemble en grande tenue. Après la montée des couleurs (Taratata boom boom des Fifres & Tambours) début des manœuvres. Des patrouilles sont envoyées repérer les lieux et sécuriser le périmètre.


12h00 : Les marchands et camelots de la ville nous vendent ou plutôt nous offrent le couvert (nous sommes armés), trois jambons de cochons – porcins sont brochés et tout rôtis, donc ce serait de la viande blanche C'EST SUR !? Y'en a quand même qui pensent que ce s’rait du p’tit poney cuit façon amuse-bouche (je ne citerais personne" il s’reconnaîtra, le monstre sanguinaire !)


14h00 : Reprise des manœuvres, on nous annonce que des insurgés (Chouans Blancs) se dirigent vers nous sur des sortes de chevaux, je propose au commandant d'envoyer La Garouille en avant garde, NON qui m’répond trop cruel… pour ses pauv’ jambes, j’va les laisser venir à lui et là, j’vois not’cambusier mettre sa serviette à carreaux (rouge et blanc) autour du cou et sortir ses couverts de sa musette. J’ose plus r’garder.


19h30 : ALERTE, cette horde sauvage valkyrienne de 10.000 cavaliers (ou presque, j’en vois que 30 de front) approche. J’reçois l’ordre de mettre en batterie not’ canon de terre dans l’enfilade de la rue, Le Cadet se propose de pointer, « Que nenni que j’y dis ! Tu touches pas à Bebert (Nom d’mon canon), tu louperais une vache normande dans un couloir, alors tu penses… des chevaux dans une rue … ah ah ! »


19h45 : Sur l'ordre du bourgmestre (maire de la ville pour ceux qui n’comprennent pas l’vieux français !), j’fais feu à la boîte à mitraille (poudre noire faite de salpêtre et de charbon de bois français, farine blanche française de 1ère qualité garantie bio, et oranges sanguines française produites aux barbaresques) à moins de 30 pas sur ces Fous-Blancs (pour le moment !), qui nous chargent en riant (les pauv’ !). Après dissipation du brouillard de guerre, il n’reste que des têtes de chevaux tenus par d’ex-cavaliers chapeautés dont les habits sont passés du blanc immaculé au rouge carmin. C'est alors que derrière moi deux cris d’effroi se font entendre, l’un par not’ cambusier qui hurle : « On n’joue pas avec la nourriture, Bon Dieuuuu ! » et l’autre de La Mère Denis avec sa coiffe bigoudène qui, hystérique, crie « Doux Jésus ! Sont toutes tachées mes ch’mises, c’est bin vrrrai ça ! ».


20h00 : Démontage du camp et départ des divers détachements vers leurs destinations initiales (J’comprends pas tout, mais c’est noté sur le papier que j’lis !)

Bilan : de la poudre + de la farine, 30 kg d’oranges sanguines achetées chez Mouloud, au souk de La Roche.



Veuillez trouver ici, Mon Commandant, la fin de mon rapport sincère, sans manterie aucune.



PS : La ville me fait savoir que d'étranges traces de rayures et d’enlèvement de métal ont été retrouvées sur l'arrière-train et les jambes du cheval portant le Patron. Quelques dents ensanglantées et un mégot de cigarette maïs, se trouvaient sur le pavé, près du socle de la statue. Après analyse au carbone 14 il semblerait que ces choses proviennent de la bouche d’un carnivore Charentais, plutôt vieux au système pileux développé et à la démarche chaloupée. Il faudra enquêter !



Fred dit Tire-Bourre

Bafouille : Tire-Bourre .

Censures et transformations : Lumière-Céleste

Corrections : La Royale

Journal de marche de l'ouvrier de 3ème Classe Le Cadet dit aussi Moumousse pour les intimes.

1ère Escouade, 1ère Section, 2ème Compagnie.



Mon Cher Commandant, j'fais s'rapport, car je n’suis pas sûr de l’impartialité des propos du sergent Tire Bourre qu'est seulement un canonnier et pas un vrai ouvrier lettré comme nous aut' dans les ouvriers !



Le bataillon en transit à Napoléon-Vendée, le samedi 8 septembre de l’an 18.



4h30. La section se réveille au bivouac du bourg de Soubise, il fait froid. Sachant qu'il y a une longue journée de prévue, j'enfile mes guêtres et mon shako, histoire d'être prêt à partir. Puis je file à deux lieues d'là, à la grande demeure du commandant à Échillais.


5h30. Arrivé devant la grande bâtisse à colonnades, j'demande au planton à voir le commandant. L'gars sonne la grosse cloche de la grande porte Ding-Dong! 2 fois. Le commandant, les cheveux hirsutes, la barbe naissante, le pyjama réglementaire blanc, très large et très bas sur ses fesses, avec des petits dauphins bleus imprimés dessus et des pantoufles dites Charentaises d'un autre âge, ouvre la porte. Il ajuste sa vue en plissant des yeux. Ne voyant rien, il s'apprête à la fermer quand j'cris :

- C'est l'Cadet, Commandant !

Là il penche la tête vers le bas et m'dis :

Ah ! C'est toi, Petit-d'homme !

Je dodeline du chef, pas content ! Il m'fait entrer dans le grand salon où se trouve une immense cheminée où chauffe une cafetière. J’prends avec lui une petite collation et j'tente quelques gentillesses afin de sympathiser avec le Maître, en disant que j'pourrai faire un bon sergent, s'il me laissait une chance, que si l'sergent La Gabelle venait à mourir subitement, ainsi qu'tous les caporaux, puis les appointés, j'serai bien volontaire pour les remplacer etc. Il écoute même pas et m'regarde sans m'voir ou … l'inverse ! Bon, j'file dehors et j'prépare le matériel que je charge dans le fourgon garé dans le grand parc boisé. Un moment l'guimbardier s'est même mis à hurler de peur voyant qu'les effets s'déplaçaient tout seuls dans l'noir. Y m'avait pas vu dessous, l'andouille !


6h00. Départ en direction du magasin aux vivres de Rochefort, où loge not' quartier-maître La Garouille. J'remarque qu'il y a un enclos à chevaux, avec quelques bêtes dedans qui tremblaient. Nous chargeons le reste du matériel sur le dos des mulets Qu’avaient mauvaise mine, et nous partons en direction de la Vendée profonde à Napoléon-Vendée dite aussi La Roche sur Yon.


9h00. Arrivé dans la ville, Oui, Je sais, les mules sont épuisées par ce parcours fait si rapidement!, notre détachement se mêle à celui des artilleurs et ouvriers déjà en place, composé des sergents Tire-bourre et La Gabelle, du canonnier Le Brutal, de notre commis-aux-écritures Le Glaude et de l'ex cantinière Pic-Rose, portant l'uniforme de matelot, diable quels pectoraux! Un canon de terre a été installé en enfilade sur le champ de Mars tandis que not' canon de marine est pointé à l'opposé... Étrange que j'm'dis, ça sent l'anglois ! Nota : Le canon de marine est toujours présent lorsqu'il y a plus de 10 m3 d'eau à proximité du camp, c'est l'règlement contre la Navy !


10h00. Arrivée des renforts de Bretagne, composés des appointés-caporaux Requiem et Mieux-vaut-tard, suivis des caporaux Le Trusquin, Long-Feu et Le-Pêt-Rouge ou Le-Pré-Rouge ou Lapérouse, quelque chose comme ça ! Puis enfin, le matelot Ty-Punch, la cantinière Suédoise Tana et l'ouvrier Main-Gauche, accompagné de sa Moitié La Royale et de l'enfant de troupe Loulou.


10h30. Levée des couleurs en vitesse et en musique. En effet, la clique de l'arsenal de Rochefort, ceux qui ont fait la récente campagne d'Almeida, étaient présente. Lorsque nos amis fifres et tambours ont joué, ils ont attiré à nous une fanfare de la Garde Impériale qui s'était égarée, elle cherchait le Château de Fontainebleau où serait, parait-il, l'Empereur. Vache de détour, leurs cartes n'sont pas à jour ! Le commandant fait le topo aux troupes de marine : Des anglais auraient été repérés non-loin des côtes, prêts à livrer des armes aux renégats du coin. C'est à moi, ou plutôt nous aut', l'élite de l'Armée et de la Nation, que revient la tâche de défendre la place et celle où se tient la statue équestre du Patron. On ne peut faillir.

Nota : Une rumeur, encore une, aurait circulé dans les rangs. Un individu, non identifié, mais habillé en matelot, aurait tenté, tôt ce matin, de bouffer, avec ses dents, une jambe du cheval de l'Empereur. Plusieurs chicots seraient restés sur le pavé. Le commandant envisage, lors du rassemblement, de sortir une blague à la con, histoire de voir à qui il manque du mobilier dans sa salle à manger !


11h00. Début des patrouilles en ville. Les fifres et tambours de la Marine et la fanfare de la Garde nous ont rejoints. J'ai appris que les baguettes de tambour étaient des armes de répression massive et non pas du pain livré par les ouvriers-boulangers du service des vivres-Pains, comme quoi on peut s'tromper !


12 h 00. La Popote ! Nous nous régalons de jambons de cochons porcins, comme dit l'sergent, cuits à la broche accompagnés de haricots blancs dit Moèttes piates ou Petoux en Charente. Néanmoins, il y en a qui doute et disent que la viande est trop rouge pour être du porc. Certains vomissent croyant manger du cheval. La Garouille proteste, et dit, en se cachant la bouche, qu'il a toutes ses mules car y veut pas renter à pied. On est perplexe, comme dit l'aut' !


13h30. Reprise des patrouilles. Une foule armée de bardiches et de fourches manifestent pour sauver la planète, on tente de les rassurer en disant qu'le Patron y veut juste aller jusqu'à Moscou, pas plus loin ! Le piquet de garde disperse les derniers manifestants ne conservant que les donzelles en armes pour une fouille au corps selon le règlement de 1412 en vigueur chez … les pirates.


16h00. Retour au campement. Repos Pas longtemps! École du soldat pour quelques-uns d'entre-nous, notamment pour moi et Pic-rose qui s'est transformé(e) en homme ou presque! Est-ce possible de faire de même dans le sens inverse? Eh bien oui ! Répond l'sergent, t'as qu'à dev'nir Ecossais, espèce de bourrin ! Le groupe du quartier-maître La Pérouse fait le beau face à des bourgeoises, l'appointé-caporal Requiem essaye tant bien que mal de nous entraîner, c'est qu'il s'emmêle les pinceaux, le pauv' ! En tout cas, j'ai appris à charger le commandant en douze temps, dix-huit mouvements avec mon fusil … d'exercice ! Épatant ainsi l'appointé-caporal. Mais j'doute pour mes prochains galons.


17h30. Patrouille en binôme, soit deux hommes pour ceux qui n’comprennent pas les termes militaires, avec le caporal-tambour Le Trusquin qui m’raconte ses exploits sur le champ de bataille, et de comment il a battu un régiment d'Prussiens à lui seul avec ses baguettes de Lucifer. Un héros c't'homme là !


19h00. Le commandant nous convoque : Une note venue de la Marne, propose de nous rendre à Paris le 2 décembre prochain. Tout semblait aller bien jusqu'à ce qu'on pose la question de la logistique – il n'y aurait plus de chevaux pour y aller ! Faut négocier avec La Garouille et le reste du bataillon. Pour le moment y a qu'un volontaire du dépôt d'Ile de Ré qui pense rejoindre Paris par la Seine et à la nage. Quel homme !


19h45. Alerte ! Les Anglais ou des Ventres Blancs montés sur des restes de chevaux beurk, seraient proches du champ de Mars ! Sans perdre une seconde, le sergent Tire-bourre nous fait déplacer son canon de terre au beau milieu de la place, juste sous les yeux du Patron. Du moins de sa statue ou de ce qu'il en reste, car y faut réparer une jambe (Voir plus haut). Chargement d'un boulet ramé superposé avec un boulet rouge et un kg d'oranges sanguines pour plus d'effets sur les vêtements, car ça tache, qui dit l’sergent ! Puis Feuuuu!


Le détachement ennemi Anglais ou Ventres-Blancs s'est volatilisé, ne laissant que des hardes rougies par le jus d'orange. Néanmoins, je dois me plaindre et je vous fais savoir, mon commandant, que le boulet est passé à moins de deux mètres de moi. Ce doit être le caporal Long-Feu qui a fait exprès de mal tirer, ou qui voit mal sans lunettes ! C’est un boulet ce gars !


20h30. Plus d'Anglais, plus d'chouans, plus d'bourgeois dans les rues, Bon, faut partir vers d'autres aventures. Nous pouvons enfin démonter le camp et repartir vers notre garnison de Rochefort. Les mulets font un peu la gueule à cause du poids des tentes et du merdier du Commis aux écritures qu'on emporte chaque fois.




Voilà, Mon commandant, un rapport clair et concis, objectif, sans menterie envers mes camarades. Je vous rappelle humblement ma proposition du matin, relative au remplacement pour absences « accidentelles » des cadres au dessus de moi.




Votre très humble, obéissant et courbé : l’Ouvrier de 3ème classe :


Jonathan dit "Le Cadet"










Bafouille : Le Cadet.

Transformations et censure : Lumière Céleste

Corrections : La Royale ou Main-Gauche

Vous pouvez voir le portrait de nos soldats dans la partie revue des troupes.

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