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Une autre histoire du siège d'Almeida

Août 1810 – 2010 : Une autre histoire de la prise d'Almeida....

Voici un mois déjà que le siège a commencé. Trente jours de fatigue, de privation et de douleur tant pour les assiégeants que pour les défenseurs. Voici un mois que la guerre frappe la petite forteresse portugaise d'Almeida. Les pâles lueurs de l'aube n'arrivent pas à disperser l'éclat du ciel qui brûle par delà les murs. Un soldat se déplace avec prudence au milieu des pièces d'artillerie françaises du VIème corps. Il scrute attentivement les remparts de la citadelle. Soudain, une lueur de satisfaction éclaire ses yeux. Il a trouvé ce qu'il est venu chercher : L'entrée dissimulée d'un souterrain menant vers la ville. Des partisans lui ont indiqué plus tôt la présence de ce chemin méconnu. Il regagne le camp français d'un pas ferme. Ce militaire au shako aurore et nuit est un marin de la garde, un soldat d’élite de l’empereur Napoléon Ier. Il a survécu aux combats de Baïlen et a réussi à fuir l’horreur des pontons espagnols. La veille, ce quartier maître a retrouvé un vieux capitaine d’infanterie de sa connaissance. Ils ont parlé du passé, ils ont bu et ils ont discuté du siège en cours. Comme souvent, la soirée s’est achevée sur un pari : “Au premier qui enlèvera la ville d’Almeida !”.

“Le Bancal”, puisque c’est le surnom de notre marin de la garde, rassemble un petit parti de matelots, d’ouvriers de la marine et de voltigeurs : des hommes qu’il connaît depuis longtemps et en qui il fait confiance. Les anciens du bataillon d'Espagne sont là : “La Doloire” qui de mousse est devenu sergent chez les ouvriers, “La Mordache” qui aime la poudre plus que la mer, “Archin” l'Olonnais et bien d'autres. Il donne rendez-vous à sa vingtaine de compagnons après le crépuscule derrière un glacis proche de l’entrée convoitée. La journée passe, le chef de bataillon Masquelez rassemble ses hommes pour distribuer les consignes, les ordres et les punitions. Le rassemblement s’éternise mais notre hussard de la marine s’esquive sans peine peu avant l’heure du rendez-vous. Il rejoint sa troupe.

Le dieu des marins est avec lui : le brouillard et la fumée des quelques salves d’artillerie se joignent à la nuit pour dissimuler les français. L’homme s’arrête soudain, il est au bon endroit mais il ne reconnaît pas tous les visages qui l’entourent : la nouvelle de la tentative d’infiltration s’est propagée dans les rangs et le groupe a doublé d’importance. Le marin peste, jure, s’emporte en silence puis se résigne à incorporer les nouveaux venus. Il réordonne sa troupe, nomme de nouveaux chefs de pelotons et fait passer les dernières consignes. Au moins, les visages ont été grimés et des habits sombres revêtus. Les armes et les pièces métalliques ont été assombries à la suie ou enveloppées dans du tissu noir pour étouffer les sons.

Comme prévu, c’est le matelot “La Garouille” qui part en éclaireur vers le souterrain. Malgré son allure débonnaire et l'odeur de tabac à pipe qui le suit continuellement, “La Garouille” est un vieux briscard, spécialiste de l'abordage ; la pique, qu'il manie comme personne, l'immense coutelas espagnol qu'il porte désormais à son coté et ses longues moustaches tombantes lui donne une allure incongrue de conquistador du passé. La tension monte, les minutes s’égrènent lentement et le groupe de choc progresse péniblement au gré du passage des patrouilles ennemies sur les remparts et des explosions qui éclairent parfois le ciel. Les ordres sont donnés par signe, le silence dans les rangs est total, les hommes obéissent aveuglément. La chance aide les marins : l’entrée extérieure du souterrain n’est pas gardée. Les hommes s’engouffrent à l’intérieur. Le brave voltigeur “La Chaudière” dépose la corde qu’il a pris soin d’apporter et tous saisissent un morceau de ce fil d’ariane avant de plonger dans la pénombre. La marche est difficile, le souterrain semble ne plus finir. Toute lumière a depuis longtemps disparue. Malgré la tension et l'angoisse qui pèsent sur la colonne, tous font silence, tous connaissent l’enjeu.

“Le Bancal” rejoint le fer de lance du dispositif. Plusieurs matelots armés de couteaux, de haches, de sabres ou de pistolets sont en embuscade. Les dépouilles sanglantes de trois sentinelles gisent là, trainées à l'intérieur du tunnel. Le chef des matelots du 44ème équipage de Flottille, le quartier maître “La Grenade” se cache plus bas dans la ruelle. Son bonnet rivé sur la tête et le regard inquisiteur, voilà vingt bonnes minutes qu’il écoute le passage des rondes Anglo-portugaises. “Trop de patrouilles, trop rapprochées” rapporte-t-il laconiquement. “Un assaut sur la porte toute proche est à exclure” rajoute-t-il. “Le Bancal” fut matelot avec Surcouf, il sait que l’audace est souvent récompensée. Il lâche enfin tout bas : “Nous allons infiltrer le centre de la cité, ils ne nous attendent pas là-bas. Nous traversons en nous intercalant entre les patrouilles, nous suivons cette rue et nous nous retrouvons au prochain carrefour. “La Grenade”, rejoins ton poste de guet et cadence le passage des pelotons. Nous allons ouvrir une autre porte.”

La traversée du “chemin de ronde” s’effectue une fois de plus en silence, les anciens guident les moins expérimentés. Le couvre-feu a chassé les civils des rues et l’ennemi se montre comme prévu plus dispersé au centre-ville. Tout à coup, une douzaine de “rifles” surgit devant la troupe. La surprise se lit sur tous les visages. Les français réagissent les premiers et se ruent au corps à corps. Le choc est terrible, les hommes du “Bancal”se battent avec courage, sang froid et détermination. Au bout de quelques dizaines de secondes, le sol est recouvert de tuniques vertes. Coté français, le jeune ouvrier “La Calebasse” est blessé à la tête mais refuse de s'arrêter, le voltigeur “La Chenille” souffre d'une blessure grave à la jambe. Les dernières recrues de Vendée du bataillon de Rochefort se sont montrées parmi les plus farouches au combat. Beaucoup de ces marins ont perdu des proches à Trafalgar ou pendant l'affaire des brûlots, ils tiennent enfin là une petite revanche.

L’une des quatres portes arrive en vue : cette fois, les uniformes sont portugais. L’attaque est brève, brutale et balaye les défenseurs. Encore plus surprenant, la nuit et les bruits du siège ont étouffé la clameur du combat. Les français poussent leur chance et s’emparent d’une seconde porte. La garde des remparts sonne enfin l’alarme mais l’affaire est entendue. La victoire est française et rien ne peut plus arrêter les colonnes du Maréchal Ney se ruant à l’intérieur de la cité. Les forces Anglo-portugaises, surprises par cette inattendue “Furia Francese” se battent pour l’honneur puis se rendent.

Si vous regardez bien, vous verrez un capitaine d’infanterie payant à boire à une troupe disparate de marins et de voltigeurs dans une taverne portugaise de la citadelle d’Almeida.

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